Il y a longtemps de cela dans un royaume vivaient un homme et son fils. Un jour qu’ils rentraient de voyage, l’homme tomba malade. Soins et prières ne réussirent pas à venir à bout du mal qui le rongeait. Sentant sa fin venir, le père appela son fils et le chargera d’aller porter les cauris à ses créanciers. Avant son départ, il lui dit : ? Une fois mes dettes payées, il ne te restera pas grand-chose. Cependant à ton retour, je te dirai trois vérités. Elles valent plus que tout l’or du monde et seront pour toi un précieux héritage. Le garçon s’enfuit s’acquitter de la tâche. Sur le chemin du retour, alors qu’il s’approchait de la concession paternelle, il entendit des pleurs et des lamentations. Son père venait de mourir. Son oncle fut le premier à l’apercevoir ; il s’approcha de lui et lui apprit ce dont il se doutait déjà. Pour atténuer l’immense chagrin qu’il ressentait, le garçon lui demanda : ? A –t-il dit quelque chose pour moi avant de mourir ? ? Il t’a béni et a eu la force de prier pou r toi. Il est parti serein ? N’a-t-il pas révélé trois vérités à mon intention ? ? Non. Je suis resté à son chevet jusqu’à la fin et il n’a rien dit de plus que ce que je viens de te rapporter. La mort d’un père équivaut-elle à trois vérités ? Assurément non. Seulement, ces trois vérités constituaient tout son héritage ! Le garçon, aveuglé par la douleur, s’enfonça dans la brousse pleurant à chaudes larmes. Sur son chemin, il croisa une hyène, qui lui demanda : ? Fils de l’homme, qu’as-tu donc à pleurer ainsi ? Réfrénant ses larmes et surmontant sa peur, le garçon lui répondit : ? Mon père est parti alors que je m’étais absenté, emportant avec lui les trois vérités qu’il m’avait promis en héritage. ? Ah ! Je voudrais bien t’aider, lui rétorqua la hyène, mais je ne possède pas trois vérités. Qu’à cela ne te tienne, je puis t’en dire une : ? Cherche toujours à vivre du fruit de ton travail Regarde-moi, je vis sur le cadavre des autres et parfois mêmes ceux des miens. Que font les vivants lorsqu’ils m’aperçoivent ? Ils s’empressent de me chasser. Je suis obligée de me cacher avec cet air veule. Alors crois-moi « si tu empruntes une natte pour t’assoir, sache que, en réalité, tu es assis à même le sol ». Ne vis pas comme un charognard mais vis de ton labeur ! et la hyène s’en fuit. Le garçon continua sa route, déjà ses larmes avaient diminué. Un peu plus loin, il croisa un serpent qui l’interrogea à son tour : ? Que t’arrive-t-il, fils de l’homme ? Il lui raconta son histoire et termina en disant : ? J’ai une vérité mais il m’en manque encore deux pour que la promesse de mon père soit tenue. Le serpent siffla, faillit continuer sa route puis ravisa. ? Je m’en vais t’en dire une qui m’a été enseignée à la force du bâton. Lorsque tu me regardes, à quoi je te fais penser ? ? Un serpent ! ? Assurément ! Et, partant d’un grand rire sifflant : je ne suis un coq ! Laisse ton imagination me regarder et dis-moi ce qu’elle te montre. Et il s’enroula sur lui-même. ? J’ai l’impression de voir une sorte de collier qui ? Hélas ! c’est exactement ça. Ce corps souple, ces couleurs, ces écailles où se reflète chaque chose, on dirait un collier créé pour être porté par les plus belles princesses. La seule chose qui me dépare c’est ma bouche. Sans elle, les princesses me mettraient à leur cou, mais à cause d’elle, ceux qui m’aperçoivent appellent au secours : « un serpent, venez tous !! ». Ils empoignent des bâtons et es frondes faisant pleuvoir les coups et les pierres. Même ceux de mes cousins dépourvus de venin sont chassés. Tout ça à cause de cette fameuse langue. Toi aussi, tu en as une. Je sais qu’elle peut te mener à ta perte, alors, en vérité, sois maître de ta langue. Ne laisse pas ce que sort de ta bouche gâcher ta vie. Laissant là le serpent, le petit garçon continua sa route en pleurnichant. Deux vérités valent mieux qu’aucune, mais il en manquait toujours une. Sur le sentier, il vit arriver un pique-bœuf qui s’enquit de ce qui lui arrivait. L’enfant lui conta son histoire et finit en lui disant : ? J’ai déjà deux vérités mais il m’en manque une. Le pique-bœuf, animal naturellement serviable, réfléchit un instant avant de demander : ? N’es-tu pas surpris de me voir ici, tout seul sur cette route ? ? Maintenant que tu me le demandes, j’avoue que oui. D’habitude, on te trouve en compagnie de tes congénères, débarrassant les troupeaux de leurs insectes. ? C’est une façon de voir la chose. Nous leur rendons service en les débarrassant des insectes, mais eux aussi nous rendent service en nous procurant de la nourriture. Alors, ma vérité, la voilà : sois toujours dans un groupe, et surtout ne t’en isole jamais, sauf s’il ne te permet plus de t’épanouir. Moi qui n’ai pas la force de chasser, tant qu’il y aura un troupeau, la faim ne pourra m’atteindre. Les bœufs parmi lesquels je vis pourvoient à mes besoins et, en retour, je leur rends service. Si j’avais été ton père, voilà la vérité que je t’aurais laissée. Et le pique-bœuf s’en fut rejoindre les siens, imité par le garçon, porteur de ses trois vérités
Vérités très profondes.